dimanche 30 novembre 2025
La Nouvelle-Zélande déclare la guerre au chat domestique pour sauver sa biodiversité unique
Environnement

La Nouvelle-Zélande déclare la guerre au chat domestique pour sauver sa biodiversité unique

La Nouvelle-Zélande a lancé un plan ambitieux pour éradiquer les chats errants et féraux d'ici 2050, les accusant d'être des 'meurtriers en série' pour sa faune indigène. Cette initiative audacieuse met en lumière le dilemme mondial entre l'amour pour nos félins et l'impératif de préserver des écosystèmes fragiles, un débat qui résonne bien au-delà des îles du Pacifique.

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Le Chat, ce prédateur insoupçonné que la Nouvelle-Zélande veut éradiquer avant 2050

Le doux ronronnement d'un chat, symbole de confort et de foyer, cache une réalité bien moins idyllique lorsqu'il s'agit de la faune sauvage. Loin de nos salons douillets, le chat domestique, et plus encore son cousin féral, se transforme en un prédateur redoutable, un véritable "meurtrier dans nos jardins". C'est cette facette sombre que la Nouvelle-Zélande a décidé d'affronter de front, en annonçant un plan audacieux et controversé : éradiquer tous les chats errants et féraux du pays d'ici 2050. Une démarche radicale qui soulève des questions fondamentales sur notre coexistence avec la nature et le rôle de l'homme dans la protection de la biodiversité.

La Nouvelle-Zélande : un écosystème à la merci des prédateurs introduits

Pour comprendre la détermination néo-zélandaise, il faut se pencher sur l'histoire unique de son écosystème. Pendant des millions d'années, avant l'arrivée des Polynésiens puis des Européens, la Nouvelle-Zélande était un paradis exempt de mammifères prédateurs terrestres. Sa faune indigène, dominée par des oiseaux, des reptiles et des insectes uniques, n'a jamais développé d'instincts de défense face à des menaces comme le chat. Des espèces emblématiques comme le kiwi, le kakapo (le seul perroquet nocturne et non-volant du monde) ou le takahe sont devenues des symboles de cette vulnérabilité.

L'arrivée des colons européens a malheureusement introduit une cohorte de nouveaux habitants : rats, hermines, furets, opossums et, bien sûr, le chat. Initialement appréciés pour leur capacité à contrôler les rongeurs, ces nouveaux arrivants ont rapidement semé le chaos. Le chat, en particulier, s'est avéré être un prédateur d'une efficacité redoutable. Sa petite taille, son agilité, son instinct de chasseur inné et sa capacité à se reproduire rapidement en font une menace constante, surtout dans les environnements insulaires où la faune locale est particulièrement naïve et sans défense.

C'est ce contexte qui a donné naissance au programme "Predator Free 2050", une initiative ambitieuse lancée en 2016 avec l'objectif de débarrasser le pays des principales espèces prédatrices introduites. Si les rats, les opossums et les hermines sont des cibles majeures, les chats féraux et errants sont également dans le viseur, car ils sont responsables de la mort de millions d'oiseaux, de lézards, de grenouilles et d'insectes chaque année. Les chiffres sont alarmants : on estime que les chats tuent des dizaines de millions d'animaux indigènes chaque année en Nouvelle-Zélande, menant plusieurs espèces au bord de l'extinction.

Le "meurtrier en série" de nos jardins, bien au-delà de la Nouvelle-Zélande

Si la situation néo-zélandaise est particulièrement aiguë en raison de la fragilité de son écosystème, la prédation féline n'est pas un problème isolé. « Chez nous aussi, les matous sont meurtriers dans nos… » jardins, nos parcs et nos campagnes. Que ce soit en Europe, en Amérique du Nord ou en Australie, les chats domestiques, même bien nourris, conservent leur instinct de chasseur. Des études menées dans de nombreux pays ont révélé que les chats errants et domestiques lâchés à l'extérieur sont responsables de la mort de milliards d'oiseaux et de petits mammifères chaque année.

Aux États-Unis, par exemple, des recherches estiment que les chats tuent entre 1,3 et 4 milliards d'oiseaux et entre 6,3 et 22,3 milliards de mammifères par an. Au Royaume-Uni, on parle de dizaines de millions de proies. Ces chiffres donnent le vertige et mettent en lumière l'impact cumulé de ces petites boules de poils sur la biodiversité locale. Même si les écosystèmes continentaux ont des défenses plus développées que les îles isolées, la pression constante exercée par les chats sur les populations d'oiseaux chanteurs, de musaraignes, de campagnols et d'autres petites créatures est un facteur non négligeable de déclin, surtout dans un contexte de fragmentation des habitats et de changements climatiques.

Le dilemme éthique : amour pour l'animal versus impératif écologique

La proposition néo-zélandaise, aussi justifiée soit-elle d'un point de vue écologique, n'est pas sans soulever un tollé. Le chat est l'un des animaux de compagnie les plus populaires au monde, objet d'un amour inconditionnel pour des millions de personnes. L'idée d'éradiquer des populations de chats est perçue par beaucoup comme cruelle et contraire à l'éthique, déclenchant de vives réactions de la part d'organisations de défense des droits des animaux et de propriétaires de chats.

Comment concilier l'amour pour ces créatures fascinantes et la nécessité de protéger des espèces menacées par leur présence ? C'est le cœur du dilemme. Les défenseurs de la biodiversité insistent sur le fait que la conservation ne peut pas être sacrifiée au nom de la sentimentalité envers une espèce introduite et prédatrice. Ils soulignent que la survie d'espèces indigènes uniques, qui ont évolué pendant des millions d'années, doit primer. De l'autre côté, les militants pour le bien-être animal plaident pour des méthodes de gestion plus humaines, telles que la stérilisation/castration massive des colonies de chats errants (programmes "Trap-Neuter-Return" ou TNR) et l'adoption, plutôt que l'euthanasie ou des campagnes d'élimination à grande échelle.

Solutions et responsabilités partagées

Face à ce défi complexe, plusieurs pistes sont explorées pour atténuer l'impact des chats sur la faune sauvage, tout en respectant leur bien-être :

  • Stérilisation et castration massives : Programmes visant à contrôler la reproduction des chats errants, réduisant ainsi leur nombre sur le long terme sans recours à l'élimination létale. L'efficacité de ces programmes est débattue, car ils sont coûteux, longs et nécessitent une couverture quasi-totale pour être véritablement impactants sur de vastes territoires.
  • Propriété responsable : Encourager les propriétaires à garder leurs chats à l'intérieur, surtout la nuit, ou à leur fournir des enclos extérieurs sécurisés ("catios"). Le port d'une clochette peut réduire, mais n'élimine pas, l'efficacité de la chasse. L'identification par puce électronique permet également de retrouver les chats perdus et de limiter les populations errantes.
  • Zones protégées : Création de refuges et d'îles "sans prédateurs" où les espèces indigènes peuvent prospérer à l'abri des chats et autres menaces introduites. La Nouvelle-Zélande a déjà mis en place de telles zones clôturées ou insulaires.
  • Recherche et innovation : Développer de nouvelles méthodes de contrôle des prédateurs, y compris des pièges plus efficaces et sélectifs, des technologies de surveillance avancées, voire des approches génétiques à plus long terme.
  • Éducation et sensibilisation : Informer le public sur l'impact écologique des chats et sur les meilleures pratiques pour la protection de la faune.

En Nouvelle-Zélande, l'approche est plus radicale et inclut des méthodes d'élimination spécifiques pour les chats féraux qui n'ont aucun lien avec l'homme. La stratégie repose sur une combinaison de piégeage, de chasse et, à terme, de technologies plus avancées pour atteindre l'objectif de 2050.

Un avenir incertain mais essentiel

L'ambition de la Nouvelle-Zélande de devenir un pays sans prédateurs introduits d'ici 2050 est un pari gigantesque, semé d'embûches logistiques, financières et éthiques. Mais le succès de cette initiative pourrait servir de modèle pour d'autres nations insulaires et pour des efforts de conservation à travers le monde. Il s'agit de protéger un patrimoine naturel unique, dont la valeur est inestimable pour la planète.

Le débat autour du chat, ce "meurtrier dans nos jardins", nous confronte à nos responsabilités en tant qu'humains. Nous avons introduit ces animaux dans des écosystèmes où ils n'avaient pas leur place, et il nous incombe de trouver un équilibre délicat entre l'affection que nous leur portons et la survie d'espèces sauvages qui dépendent de notre conscience écologique. L'histoire de la Nouvelle-Zélande est un rappel puissant que nos choix, même les plus anodins, ont des conséquences profondes sur la nature qui nous entoure.

Photo by Philip Strong on Unsplash

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