dimanche 30 novembre 2025
La Belgique tourne une nouvelle page énergétique : Le réacteur nucléaire Doel 2 s'arrête définitivement
Environnement

La Belgique tourne une nouvelle page énergétique : Le réacteur nucléaire Doel 2 s'arrête définitivement

La Belgique franchit une étape majeure dans sa transition énergétique avec l'arrêt définitif du réacteur nucléaire Doel 2 ce dimanche soir. Cinquième installation à cesser ses activités dans le pays, cette fermeture marque une avancée significative dans la stratégie de sortie du nucléaire, tout en soulevant des défis cruciaux pour la sécurité d'approvisionnement et le futur mix énergétique belge.

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Ce dimanche soir, l'horloge énergétique belge a sonné la fin d'une ère pour le réacteur nucléaire de Doel 2. Après des décennies de service, cette installation, l'une des plus petites du parc nucléaire belge, a cessé définitivement de produire de l'électricité, marquant ainsi une étape historique et hautement symbolique dans la stratégie de décarbonation et de sortie du nucléaire du Royaume. Sa fermeture n'est pas un événement isolé, mais le cinquième jalon d'un processus de transition énergétique complexe et ambitieux.

Une Décennie de Retrait Nucléaire : Le Contexte Belge

L'arrêt de Doel 2 s'inscrit dans une politique belge de sortie progressive de l'énergie nucléaire, dont les fondements ont été posés il y a plus de vingt ans. Cette stratégie a déjà vu la fermeture de plusieurs de ses homologues. En effet, Doel 3 et Tihange 2 ont déjà tiré leur révérence, respectivement en 2022 et 2023, conformément aux calendriers de fermeture prévus. S'y ajoutent, selon les informations relayées par la RTBF, les arrêts définitifs de Doel 1 et Tihange 1, qui ont également achevé leur cycle de production. Ces fermetures successives redessinent profondément le paysage énergétique du pays, plaçant la Belgique à l'avant-garde d'un mouvement européen de transition.

Historiquement, l'énergie nucléaire a joué un rôle central en Belgique, fournissant une part substantielle de l'électricité du pays depuis les années 1970. Le parc nucléaire, composé de sept réacteurs répartis sur les sites de Doel (Flandre orientale) et Tihange (province de Liège), a longtemps été le pilier de la sécurité d'approvisionnement énergétique belge. Cependant, les préoccupations concernant la sécurité, la gestion des déchets nucléaires et la volonté politique de privilégier les énergies renouvelables ont conduit à la décision progressive d'abandonner cette filière.

Doel 2 : Un Arrêt Technique et Symbolique

Mis en service en 1975, le réacteur Doel 2, avec sa capacité relativement modeste comparée aux unités plus récentes, a contribué pendant près d'un demi-siècle à l'approvisionnement électrique belge. Sa longévité témoigne d'une période où l'énergie nucléaire était perçue comme une solution durable et puissante aux besoins énergétiques croissants. Cependant, l'âge avancé de l'installation et l'évolution des normes de sécurité, combinés à la stratégie nationale, ont scellé son destin.

L'arrêt technique d'un réacteur nucléaire est un processus complexe et rigoureux. Il ne s'agit pas simplement de « débrancher » une prise, mais d'une série d'opérations techniques et de protocoles de sécurité visant à mettre l'installation en état de sûreté maximale. Une fois arrêté, le réacteur entre dans une phase de démantèlement qui s'étalera sur plusieurs décennies, impliquant le retrait progressif des composants, la décontamination et la gestion des déchets radioactifs. C'est un processus coûteux et exigeant en main-d'œuvre spécialisée.

Les Derniers Survivants : Doel 4 et Tihange 3

Avec l'arrêt de Doel 2, seuls deux réacteurs nucléaires resteront opérationnels en Belgique : Doel 4 et Tihange 3. Ces unités, considérées comme les plus modernes et les plus puissantes du parc belge, ont bénéficié d'une prolongation de leur durée de vie. Initialement destinées à fermer plus tôt, une décision politique majeure a été prise de les maintenir en activité jusqu'en 2035. Cette extension de dix ans a été motivée par des considérations de sécurité d'approvisionnement, notamment dans le contexte de la crise énergétique européenne et de l'impératif de réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés.

La décision de prolonger Doel 4 et Tihange 3 a fait l'objet de vifs débats. D'un côté, les partisans de l'extension ont souligné la nécessité de garantir une capacité de production stable et bas-carbone pendant la transition vers les énergies renouvelables, arguant que le retrait trop rapide du nucléaire pourrait entraîner une dépendance accrue au gaz, avec des implications économiques et environnementales. De l'autre, les opposants, notamment les organisations environnementales, ont critiqué ce qu'ils considèrent comme un revirement et une entrave à une transition énergétique purement renouvelable, insistant sur les risques liés au nucléaire et la problématique des déchets.

Le Défi Colossal de la Transition Énergétique

La fermeture successive des réacteurs nucléaires impose à la Belgique un défi énergétique colossal : combler le vide laissé par cette capacité de production stable et décarbonée. Pour y parvenir, le pays mise sur une stratégie à plusieurs piliers :

  • Développement massif des énergies renouvelables : La Belgique investit lourdement dans l'éolien en mer, avec des projets ambitieux en mer du Nord, et dans l'énergie solaire. L'objectif est d'augmenter significativement la part des renouvelables dans le mix électrique.
  • Centrales au gaz de nouvelle génération : En tant que solution transitoire, de nouvelles centrales au gaz à cycle combiné (CCGT) sont envisagées ou en cours de construction pour garantir la flexibilité et la sécurité d'approvisionnement lorsque les énergies renouvelables ne sont pas suffisantes (par exemple, sans vent ou sans soleil). Cependant, cette option soulève des questions environnementales en raison des émissions de CO2.
  • Renforcement des interconnexions : La Belgique travaille à améliorer les capacités d'interconnexion avec les pays voisins (France, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni) pour faciliter les échanges d'électricité et garantir la stabilité du réseau en cas de pics de demande ou de faible production nationale.
  • Investissement dans le stockage et les réseaux intelligents : Le développement de solutions de stockage d'énergie (batteries, hydrogène) et l'optimisation des réseaux de distribution sont cruciaux pour gérer l'intermittence des énergies renouvelables et assurer la stabilité du système.

Conséquences Économiques et Sociales

Au-delà de l'aspect purement technique, l'arrêt de Doel 2 et la stratégie de sortie du nucléaire ont des répercussions économiques et sociales significatives. Le démantèlement des réacteurs représente un coût financier considérable, estimé à plusieurs milliards d'euros pour l'ensemble du parc belge. Ces coûts devront être financés sur le long terme, potentiellement par le biais de contributions des opérateurs et de fonds publics.

Sur le plan de l'emploi, la fermeture des centrales nucléaires entraîne une réorientation des compétences. Si certains emplois liés au démantèlement seront créés, une transition est nécessaire pour les ingénieurs et techniciens spécialisés dans l'exploitation nucléaire vers les nouvelles filières énergétiques. C'est un défi de reconversion et de formation auquel le pays doit faire face pour maintenir une main-d'œuvre qualifiée dans le secteur de l'énergie.

Enfin, la question de l'impact sur les prix de l'électricité reste une préoccupation majeure pour les ménages et les entreprises. La substitution d'une énergie bas-carbone et relativement stable par un mix plus diversifié, mais potentiellement plus volatil, pourrait influencer la compétitivité et le pouvoir d'achat.

Vers un Avenir Énergétique Renouvelé

L'arrêt définitif de Doel 2 n'est pas seulement la fin d'un chapitre, c'est aussi le début d'un nouveau. Il symbolise la volonté de la Belgique de s'engager résolument vers un avenir énergétique plus durable et résilient. Le chemin sera semé d'embûches techniques, économiques et politiques, mais l'ambition de réduire l'empreinte carbone et d'innover dans les énergies vertes est claire.

Alors que Doel 4 et Tihange 3 poursuivront leur mission jusqu'à l'horizon 2035, le pays devra continuer à investir massivement dans les technologies de pointe, à renforcer sa coopération européenne et à adapter son cadre réglementaire pour assurer une transition harmonieuse. La fermeture de Doel 2 est un rappel que l'énergie est au cœur des grands enjeux de notre société, et que chaque décision prise aujourd'hui façonnera le paysage de demain. La Belgique est désormais pleinement engagée dans cette course contre la montre pour un avenir énergétique renouvelé, un défi qui passionne et mobilise l'ensemble de la nation.

Photo by Utsav Srestha on Unsplash

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