Intoxication massive au CO à Jette : Treize hospitalisés, un enfant et une femme enceinte dans un état grave
Bruxelles a été le théâtre d'un grave incident de santé publique ce dimanche après-midi, lorsqu'une intoxication massive au monoxyde de carbone (CO) a contraint treize personnes à l'hospitalisation. L'événement s'est déroulé dans un immeuble résidentiel de l'avenue de Koekelberg, à Jette, plongeant un quartier dans l'inquiétude et soulignant une fois de plus la menace insidieuse que représente ce gaz mortel.
Parmi les victimes, l'état de trois personnes est jugé particulièrement grave par les services d'urgence. Cette situation alarmante inclut un enfant en bas âge et une femme enceinte, deux profils de patients pour lesquels l'exposition au CO présente des risques accrus et des conséquences potentiellement dévastatrices. Ces trois individus ont été rapidement transférés à l'Hôpital Militaire, établissement réputé pour sa capacité à traiter les intoxications graves grâce à des unités spécialisées, notamment des chambres hyperbares.
Une défaillance technique à l'origine du drame
Les premières investigations menées par les pompiers de Bruxelles ont rapidement pointé du doigt la cause de cette intoxication collective : un brûleur défectueux au sein de l'installation de chauffage du bâtiment. Située au sous-sol de l'immeuble, cette défaillance a permis au monoxyde de carbone, gaz incolore, inodore et insipide, de se propager insidieusement dans les habitations, piégeant les résidents à leur insu.
Face à la gravité de la situation et pour garantir la sécurité des lieux, Sibelga, le gestionnaire des réseaux de gaz et d'électricité à Bruxelles, est intervenu promptement. La zone a été provisoirement scellée et l'alimentation en gaz du bâtiment a été coupée. Cette mesure drastique vise à prévenir toute nouvelle émission de CO et à permettre une analyse approfondie de l'installation par des experts avant toute remise en service. L'enquête technique déterminera les causes exactes du dysfonctionnement et les éventuelles responsabilités.
Le monoxyde de carbone : Un tueur silencieux et insidieux
L'incident de Jette est un rappel tragique de la menace persistante que représente le monoxyde de carbone. Surnommé le « tueur silencieux », le CO est un gaz produit par la combustion incomplète de matières organiques (bois, charbon, gaz naturel, butane, propane, essence, fioul, éthanol). En l'absence d'une ventilation adéquate ou en cas de dysfonctionnement d'un appareil de chauffage ou de cuisson, ce gaz peut s'accumuler rapidement dans des espaces clos et entraîner une intoxication grave, voire mortelle.
Le CO agit en se fixant sur l'hémoglobine des globules rouges, l'empêchant de transporter l'oxygène vers les organes vitaux. Les symptômes d'une intoxication sont souvent trompeurs, car ils peuvent être confondus avec ceux de la grippe ou d'autres affections courantes : maux de tête, nausées, vomissements, vertiges, fatigue intense. Dans les cas les plus graves, l'exposition prolongée ou à forte concentration peut entraîner une perte de conscience, des troubles neurologiques irréversibles, des lésions cardiaques et cérébrales, et le décès. La rapidité de l'intervention et le traitement sont donc cruciaux pour minimiser les séquelles.
Qui est le plus à risque ?
- Les enfants en bas âge : Leur métabolisme plus rapide et leur faible masse corporelle les rendent extrêmement vulnérables, avec un risque accru de lésions cérébrales permanentes.
- Les femmes enceintes : Le monoxyde de carbone est particulièrement dangereux pour le fœtus, qui est encore plus sensible au manque d'oxygène que la mère. L'intoxication peut provoquer des malformations, des retards de développement ou une mort in utero.
- Les personnes âgées et celles souffrant de maladies cardiovasculaires ou respiratoires : Leur capacité à tolérer le manque d'oxygène est réduite, augmentant le risque de complications graves.
Prévention et Sécurité : Les mesures essentielles
La prévention reste la meilleure arme contre les intoxications au monoxyde de carbone. Les autorités sanitaires et les services de secours rappellent régulièrement les gestes simples mais vitaux à adopter :
Sources courantes de monoxyde de carbone à surveiller :
- Chaudières et chauffe-eau : Vérifiez leur bon fonctionnement et leur entretien annuel.
- Poêles à bois, cheminées : Assurez un ramonage régulier et une bonne ventilation.
- Appareils de cuisson (cuisinières, fours) : Ne les utilisez jamais pour chauffer un logement.
- Groupes électrogènes et moteurs thermiques : N'utilisez ces appareils qu'à l'extérieur, jamais dans un espace clos.
- Conduits d'évacuation des fumées : Assurez-vous qu'ils ne sont pas obstrués ou endommagés.
Comment se protéger :
- Entretien annuel : Faites vérifier et entretenir vos installations de chauffage et de production d'eau chaude par un professionnel qualifié au moins une fois par an.
- Ventilation : Assurez une aération constante de votre logement, même en hiver. N'obstruez jamais les grilles d'aération.
- Détecteurs de CO : Équipez votre logement de détecteurs de monoxyde de carbone conformes aux normes européennes. Positionnez-les stratégiquement, notamment près des chambres et des appareils de combustion. Vérifiez régulièrement leurs piles.
- Ne jamais boucher les orifices : Les aérations naturelles des logements (soufflages ou extractions) sont essentielles et ne doivent jamais être obstruées.
- Utilisation prudente des appareils d'appoint : N'utilisez jamais un barbecue ou un brasero à l'intérieur. Les chauffages d'appoint ne doivent être utilisés que ponctuellement et dans des pièces bien ventilées.
L'intervention des secours et la prise en charge médicale
Dès l'alerte donnée, la chaîne des secours s'est mise en place avec une efficacité remarquable. Les pompiers de Bruxelles, dotés d'équipements de détection spécifiques, ont pu identifier rapidement la source de l'intoxication et sécuriser le périmètre. Les équipes médicales, paramédicaux et ambulances, ont pris en charge les victimes sur place, évaluant la gravité de chaque cas avant de procéder aux transferts vers les hôpitaux appropriés.
Le traitement des intoxications au CO repose principalement sur l'administration d'oxygène. Dans les cas graves, comme ceux des trois personnes transférées à l'Hôpital Militaire, la thérapie par oxygène hyperbare est privilégiée. Cette méthode consiste à placer le patient dans une chambre où la pression atmosphérique est augmentée, ce qui permet à l'oxygène de se dissoudre en plus grande quantité dans le sang et d'accélérer l'élimination du monoxyde de carbone de l'organisme, réduisant ainsi les risques de séquelles neurologiques.
« Chaque minute compte en cas d'intoxication au monoxyde de carbone. Les symptômes peuvent être subtils et insidieux, d'où l'importance capitale d'une intervention rapide et d'une prise en charge spécialisée. La présence de détecteurs de CO peut faire toute la différence entre un incident mineur et un drame irréversible », a souligné un porte-parole des services d'urgence, insistant sur l'importance de la prévention et de la sensibilisation du public.
Un rappel brutal des risques : Appel à la vigilance
Cet événement tragique à Jette est un rappel brutal pour l'ensemble des habitants de la région bruxelloise et au-delà, que le danger du monoxyde de carbone est bien réel et omniprésent, en particulier à l'approche de la saison froide où les systèmes de chauffage sont davantage sollicités.
Les propriétaires et locataires ont une responsabilité collective dans la prévention de tels incidents. La vérification annuelle des installations de chauffage, la garantie d'une ventilation adéquate et l'installation de détecteurs de monoxyde de carbone sont des investissements minimes face au coût humain d'une intoxication. Les autorités devraient également envisager de renforcer les campagnes de sensibilisation et les contrôles, afin de s'assurer que les normes de sécurité sont respectées dans tous les bâtiments résidentiels.
Tandis que les treize victimes sont actuellement prises en charge, avec l'espoir que celles dans un état grave se rétablissent pleinement et sans séquelles, l'incident de Jette résonne comme un appel à la vigilance collective. Il est impératif que chacun prenne conscience des dangers du monoxyde de carbone et adopte les mesures préventives nécessaires pour éviter que d'autres vies ne soient mises en péril par ce « tueur silencieux ».