Un Coup d'État Inhabituel au Cœur de l'Afrique de l'Ouest
La scène politique bissau-guinéenne, déjà réputée pour sa volatilité, a été le théâtre d'un nouveau bouleversement le jeudi 27 novembre. Le général Horta N’Tam, jusqu'alors ancien chef d’état-major de l’armée de terre, a pris les rênes du pouvoir, se proclamant chef d'une transition d'une durée d'un an. Ce coup de force, cependant, ne ressemble à aucun autre. Loin de l'image traditionnelle d'une prise de pouvoir hostile, des voix s'élèvent pour dénoncer une mise en scène, un « étrange coup d'État » qui serait en réalité une manœuvre subtile orchestrée par le clan même du président renversé. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, dévoilerait les rouages complexes et souvent cyniques de la politique dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.
La Guinée-Bissau : Une Histoire Jalonnée d'Instabilité
Pour comprendre la singularité de la situation actuelle, il est essentiel de replacer la Guinée-Bissau dans son contexte historique. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, le pays a connu une succession ininterrompue de coups d'État, de tentatives de putsch et de crises politiques aiguës. Cette instabilité chronique est en grande partie alimentée par des rivalités ethniques, des luttes de pouvoir au sein de l'élite militaire et politique, et une corruption endémique souvent liée au trafic de drogue, qui a valu à la Guinée-Bissau le surnom peu enviable de « narco-État ». Chaque élection est souvent suivie de contestations, chaque gouvernement fragilisé par des menaces internes. Dans ce climat de méfiance généralisée, l'armée a toujours joué un rôle prépondérant, s'érigeant tantôt en protectrice de la Constitution, tantôt en arbitre, ou plus souvent, en actrice principale des changements de régime.
Les institutions démocratiques peinent à s'enraciner durablement, et le cycle de la violence politique semble être une constante. C'est dans ce paysage que le putsch du général Horta N’Tam s'inscrit, mais avec une dimension inédite qui trouble les observateurs les plus aguerris.
Les Contours du « Coup d'État Manigancé »
L'événement du 27 novembre a été marqué par l'annonce de la prise de pouvoir par le général Horta N’Tam. Les détails précis des opérations militaires sont restés flous, mais contrairement aux coups d'État habituels, on n'a pas rapporté de violence généralisée, de combats intenses ou de répression brutale dans les rues de Bissau. L'investiture du général à la tête d'une transition d'une durée d'un an suggère une forme de légitimation rapide, même si elle est contestée. Ce délai d'une année est présenté comme une période nécessaire pour « restaurer l'ordre », « préparer des élections justes » ou « réformer les institutions », un discours classique des putschistes.
Cependant, l'hypothèse d'une « manœuvre du clan du président renversé » est celle qui préoccupe le plus. Selon cette théorie, le coup d'État ne serait pas une véritable révolte contre le pouvoir en place, mais plutôt une tentative orchestrée par l'ancien président et ses affidés pour se maintenir au pouvoir, ou du moins en conserver une influence significative, en contournant d'éventuels processus électoraux défavorables ou des pressions internationales. Cela pourrait signifier que le général Horta N’Tam est perçu comme un homme de paille, un instrument au service des intérêts du régime déchu.
Plusieurs motivations peuvent être à l'origine d'une telle machination :
- Éviter des élections imminentes : Si des élections étaient prévues et que le président sortant risquait de les perdre, un coup d'État « bidon » permettrait de les annuler ou de les reporter, offrant un répit politique.
- Neutraliser l'opposition : En créant une période de transition, le nouveau régime, même s'il est une façade, peut justifier la répression des opposants politiques ou la suspension des libertés civiles sous couvert de « restauration de l'ordre ».
- Protéger des intérêts économiques : Le clan au pouvoir pourrait chercher à consolider son contrôle sur des ressources économiques ou des réseaux illicites (notamment le trafic de drogue) en écartant toute menace d'un nouveau gouvernement qui pourrait remettre en question ces arrangements.
- Maintenir l'influence : L'ancien président pourrait chercher à exercer un pouvoir en coulisses, en plaçant un loyaliste à la tête de la transition, garantissant ainsi la pérennité de son influence et la protection de ses alliés.
Les Acteurs en Jeu et Leurs Motivations Potentielles
Le général Horta N’Tam, en tant qu'ancien chef d’état-major de l’armée de terre, est une figure connue de l'appareil militaire bissau-guinéen. Son passé et ses alliances sont scrutés à la loupe. Est-il un homme ambitieux cherchant à s'emparer du pouvoir, ou est-il, comme le suggère l'hypothèse dominante, un pion dans un jeu plus vaste ? Le rôle précis du « clan du président renversé » reste à éclaircir. Sans nommer spécifiquement le président en question (les informations fournies étant génériques), il est clair que ce groupe comprendrait des personnalités influentes de l'armée, des cercles politiques et économiques qui ont bénéficié du régime précédent et qui craignent de perdre leurs privilèges.
Les motivations derrière une telle orchestration sont multiples et s'inscrivent souvent dans une logique de survie politique et économique. La Guinée-Bissau est un pays où le pouvoir est souvent synonyme de richesse et d'accès à des réseaux lucratifs, ce qui rend les enjeux de son contrôle particulièrement élevés.
Réactions Régionales et Internationales : Un Test pour la Démocratie
Face à ce coup d'État aux contours nébuleux, la réaction de la communauté internationale sera cruciale. La Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), historiquement très impliquée dans la stabilisation de la Guinée-Bissau, notamment par le déploiement de missions de maintien de la paix, sera particulièrement attendue. Dénoncera-t-elle ce coup d'État comme une entrave à la démocratie, ou adoptera-t-elle une approche plus nuancée si les allégations de manipulation s'avèrent fondées ? L'Union Africaine et les partenaires internationaux comme l'Union Européenne et les Nations Unies devront également se positionner. La reconnaissance de cette transition d'un an par ces instances signifierait une acceptation tacite du fait accompli, tandis qu'une condamnation ferme pourrait entraîner des sanctions, isolant davantage le pays.
La crédibilité de ces organisations est en jeu. Tolérer un « faux » coup d'État pourrait créer un dangereux précédent pour d'autres nations africaines confrontées à des défis démocratiques similaires.
Quel Avenir pour la Guinée-Bissau ?
La période de transition d'un an annoncée par le général Horta N’Tam ouvre une boîte de Pandore d'incertitudes. Quel sera le programme de cette transition ? Quelles réformes seront entreprises ? Des élections crédibles pourront-elles être organisées dans un tel climat ? L'expérience passée de la Guinée-Bissau montre que de telles transitions sont souvent prolongées ou débouchent sur de nouvelles crises. Le risque d'une nouvelle déstabilisation est élevé, menaçant la paix sociale et le développement économique du pays, qui figure parmi les plus pauvres du monde.
La population bissau-guinéenne, lasse des incessants soubresauts politiques, aspire à la stabilité et à la bonne gouvernance. Cependant, la nature même de ce coup d'État, perçu comme une machination, risque d'éroder davantage la confiance du public envers la classe politique et l'armée, rendant d'autant plus difficile la construction d'un avenir démocratique et prospère.
Conclusion : Une Enigme Politique aux Conséquences Réelles
Le coup d'État du général Horta N’Tam en Guinée-Bissau est bien plus qu'un simple changement de pouvoir ; c'est une énigme politique qui défie les conventions. Si l'hypothèse d'une manœuvre orchestrée par le clan du président renversé se confirme, cela révélera une nouvelle dimension de la complexité et de la fragilité démocratique en Afrique de l'Ouest. Pour EuroMK News, il est impératif de suivre attentivement l'évolution de cette situation. Les prochains mois seront déterminants pour comprendre les véritables intentions derrière cette transition d'un an et pour évaluer l'impact réel sur la Guinée-Bissau et sa quête inlassable de stabilité et de démocratie. Le pays reste, une fois de plus, à la croisée des chemins, avec un avenir incertain suspendu aux fils d'un étrange putsch.