lundi 1 décembre 2025
Soudan : Le Général al-Burhan torpille le plan de trêve américain, un coup dur pour les espoirs de paix
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Soudan : Le Général al-Burhan torpille le plan de trêve américain, un coup dur pour les espoirs de paix

Le général Abdel Fattah al-Burhan, commandant de l'armée soudanaise, a catégoriquement rejeté la dernière proposition de trêve des États-Unis, la qualifiant de "pire jamais faite". Cette décision unilatérale, annoncée devant ses hauts gradés, jette une ombre épaisse sur les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit dévastateur qui ravage le Soudan depuis des mois. L'impasse actuelle aggrave une crise humanitaire déjà catastrophique et complexifie davantage la quête d'une solution pacifique.

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Khartoum, Soudan – Les espoirs d'une accalmie dans le conflit sanglant qui déchire le Soudan ont été brutalement douchés ce dimanche 23 novembre, lorsque le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l'armée régulière soudanaise (SAF), a publiquement rejeté une nouvelle proposition de trêve formulée par les États-Unis. Cette décision sans appel, annoncée lors d'un discours devant ses hauts gradés, marque un revers significatif pour la diplomatie internationale et renforce l'impasse militaire et politique qui caractérise le pays.

« La pire proposition jamais faite » : un rejet cinglant

La déclaration du général al-Burhan ne souffre d'aucune ambiguïté. Selon notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix, pour RFI, le commandant en chef de l'armée soudanaise a qualifié la proposition de trêve, présentée par l'envoyé spécial américain pour l'Afrique, de « la pire qui n’ait jamais été faite ». Une telle rhétorique, d'une fermeté inattendue, souligne la profonde méfiance et la détermination d'al-Burhan à ne faire aucune concession qu'il jugerait préjudiciable aux intérêts de l'armée qu'il dirige.

Le contenu précis de cette proposition américaine n'a pas été rendu public, mais il visait probablement à établir un cessez-le-feu humanitaire durable, à faciliter l'acheminement de l'aide et, potentiellement, à ouvrir la voie à des négociations politiques plus larges. La véhémence du rejet d'al-Burhan suggère que les termes de l'accord étaient perçus comme trop favorables à ses rivaux, les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, ou qu'ils ne correspondaient pas à la stratégie militaire actuelle de la SAF.

Un conflit aux racines profondes et un pays dévasté

Le Soudan est plongé dans un conflit dévastateur depuis avril 2023, lorsque les tensions entre la SAF et les RSF ont dégénéré en combats ouverts. Initialement partenaires dans le coup d'État d'octobre 2021 qui a mis fin à la transition démocratique post-Béchir, al-Burhan et Hemedti sont devenus des ennemis jurés, leurs ambitions de pouvoir s'entrechoquant violemment. Le conflit s'est rapidement transformé en une guerre civile à grande échelle, centré sur la capitale Khartoum mais s'étendant à d'autres régions cruciales comme le Darfour, où des violences intercommunautaires atroces ont été rapportées, et plus récemment, l'État d'Al Jazirah.

Les enjeux sont immenses. Au-delà du contrôle du pouvoir politique et des vastes ressources du Soudan, la lutte entre les deux généraux représente une bataille pour l'avenir de la nation. La SAF, perçue comme l'institution étatique traditionnelle, cherche à asseoir sa légitimité et à écraser ce qu'elle considère comme une rébellion. Les RSF, nées des milices Janjaweeds du Darfour, revendiquent un rôle dans la future gouvernance du pays et dénoncent ce qu'elles présentent comme la corruption et la mainmise de l'ancienne élite sur le pouvoir.

Les États-Unis, un médiateur persévérant mais en difficulté

Depuis le début du conflit, les États-Unis, souvent en collaboration avec l'Arabie saoudite, ont été l'un des principaux acteurs des efforts de médiation. Plusieurs cycles de pourparlers ont eu lieu à Djeddah, aboutissant à des accords de cessez-le-feu sporadiques, mais aucun n'a tenu durablement. Les deux parties belligérantes ont régulièrement violé ces trêves, souvent accusant l'autre camp d'être responsable de la rupture. La complexité du terrain, l'absence de confiance mutuelle et la conviction, de part et d'autre, de pouvoir l'emporter militairement, ont systématiquement sapé les initiatives diplomatiques.

Le rejet catégorique de cette dernière proposition américaine par al-Burhan souligne les limites de l'influence extérieure lorsque les acteurs locaux ne sont pas prêts à des compromis. Il met en lumière la frustration des médiateurs face à l'intransigeance des généraux soudanais, dont l'agenda semble prioriser la victoire militaire sur toute autre considération, y compris le sort de leur propre population.

Les enjeux du rejet d'al-Burhan : Victoire militaire ou intransigeance politique ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la décision du général al-Burhan de rejeter une proposition de trêve. Sur le plan militaire, l'armée régulière a récemment intensifié ses opérations dans certaines zones, notamment à Omdurman et Khartoum, et a pu enregistrer quelques gains tactiques, bien que le conflit demeure globalement dans une impasse sanglante. Al-Burhan pourrait interpréter ces succès comme un signe que le vent tourne en sa faveur et qu'une trêve, à ce stade, ne ferait que donner du répit aux RSF.

Politiquement, al-Burhan pourrait également chercher à renforcer sa position de leader national légitime et à éviter toute négociation qui mettrait la SAF sur un pied d'égalité avec les RSF, qu'il considère comme une force rebelle illégitime. Accepter une trêve dictée par des acteurs étrangers pourrait être perçu comme une faiblesse ou une ingérence dans la souveraineté soudanaise, des arguments souvent utilisés par les forces armées pour galvaniser le soutien populaire.

Enfin, la méfiance envers les RSF est profonde. Les violations répétées des précédentes trêves et les allégations d'atrocités commises par les paramilitaires pourraient renforcer la conviction d'al-Burhan qu'un accord avec Hemedti est voué à l'échec et qu'une solution militaire est la seule voie viable.

Une situation humanitaire apocalyptique

Pendant que les généraux poursuivent leur lutte de pouvoir, la population civile soudanaise endure un calvaire sans précédent. La situation humanitaire est décrite comme l'une des pires au monde. Plus de 7 millions de personnes ont été déplacées, soit à l'intérieur du pays, soit vers les pays voisins, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement au monde. Des millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, avec des risques de famine imminents dans plusieurs régions.

Les infrastructures de santé se sont effondrées, l'accès à l'eau potable et à l'électricité est extrêmement limité, et des épidémies, comme le choléra et la dengue, se propagent. Les agences humanitaires peinent à acheminer l'aide en raison de l'insécurité, des blocages administratifs et du manque de financement international. Le rejet d'une trêve ne fera qu'aggraver cette tragédie, prolongeant la souffrance de millions d'innocents pris au piège des combats.

Implications régionales et internationales : l'impasse s'épaissit

Le rejet par al-Burhan a des répercussions bien au-delà des frontières du Soudan. Il frustre non seulement les États-Unis mais aussi d'autres acteurs régionaux et internationaux qui tentent d'apaiser la crise, tels que l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), l'Union africaine, l'Égypte, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. L'absence de volonté de compromis des belligérants menace la stabilité d'une région déjà fragile, faisant craindre une régionalisation du conflit et des vagues de réfugiés supplémentaires.

Pour les diplomates, la question est désormais de savoir quelle sera la prochaine étape. Faut-il intensifier la pression sur les deux généraux, par des sanctions ciblées ou d'autres mesures coercitives ? Faut-il repenser entièrement la stratégie de médiation et impliquer de nouveaux acteurs ? Ou faut-il attendre un éventuel épuisement militaire des belligérants, au prix d'un coût humain incalculable ?

L'impasse, et après ?

Le rejet du plan de trêve américain par le général al-Burhan est un signal clair : l'armée soudanaise n'est pas prête à déposer les armes ni à s'engager dans un processus de paix qui ne correspondrait pas à ses termes. Cette intransigeance prolonge l'agonie d'un pays à genoux, où les perspectives d'une résolution rapide du conflit s'éloignent chaque jour davantage. Alors que la communauté internationale s'inquiète et que la population souffre, l'avenir du Soudan semble plus incertain que jamais, piégé dans un cycle de violence sans fin apparente.

Photo by Lisa Marie Theck on Unsplash

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