WESTERLO, BELGIQUE – Le football belge est une nouvelle fois plongé dans la controverse, et c'est le KVC Westerlo qui porte aujourd'hui l'étendard de l'indignation. Au lendemain d'une rencontre de championnat qui a vu un but crucial être annulé par l'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR), le club campinois a exprimé une fureur rarement égalée, son vice-président, Hasan Cetinkaya, n'hésitant pas à parler de 'honte pour le football belge'. L'incident, survenu lors d'un match sous haute tension, cristallise les frustrations grandissantes autour d'une technologie censée apporter la justice mais qui, pour beaucoup, ne fait qu'engendrer de nouvelles polémiques.
Un Scénario Frustrant : Le But Annulé Qui Fait Déborder le Vase
Les faits se sont déroulés lors d'une action décisive, à un moment clé du match. Westerlo, engagé dans une lutte acharnée pour chaque point, pensait avoir trouvé la faille et pris l'avantage grâce à une superbe action collective conclue par un tir puissant qui laissait le gardien adverse sans réaction. La joie des joueurs et des supporters était palpable, un déchaînement d'émotions typique du football. Mais cette euphorie fut de courte durée. Quelques secondes après le but, le signal tant redouté du VAR est apparu, semant le doute dans les tribunes et sur le banc de Westerlo.
Après de longues minutes d'attente, durant lesquelles le quatrième arbitre a maintenu une communication intense avec la salle de visionnage, la décision fatidique est tombée : but annulé. L'écran géant a affiché une image figée, montrant une infraction minimale, un hors-jeu millimétrique ou une faute quasi imperceptible commise des dizaines de secondes plus tôt, avant même la construction de l'action décisive. Pour Westerlo, la sentence fut incompréhensible et insupportable. Le passage de la joie pure à l'amère déception a laissé un goût de trahison, alimentant un sentiment d'injustice profond qui a immédiatement transcendé le simple résultat sportif.
Hasan Cetinkaya en Première Ligne : La Colère d'un Investisseur
L'onde de choc ne s'est pas fait attendre. Dès le coup de sifflet final, l'ambiance était électrique. Hasan Cetinkaya, vice-président de Westerlo et figure emblématique de la direction du club, n'a pas caché sa fureur. On l'a vu se diriger d'un pas déterminé vers le quatrième arbitre, Matonga Simonini, exigeant des explications immédiates et véhementes. Les caméras ont capturé l'image d'un dirigeant visiblement excédé, exprimant son désarroi face à une décision perçue comme un vol pur et simple. Sa déclaration post-match a été sans appel et résonne désormais bien au-delà des frontières belges : « Nous payons des millions pour la technologie VAR et le système nous laisse tomber. »
Ces propos ne sont pas anodins. Ils soulignent l'investissement financier colossal que représente l'implémentation et le maintien de la technologie VAR pour les ligues et les clubs. Les millions évoqués par Cetinkaya renvoient aux coûts d'équipement, de formation des arbitres, de maintenance des systèmes et de gestion opérationnelle. Pour Westerlo, comme pour d'autres clubs, ces sommes sont loin d'être négligeables et sont justifiées par la promesse d'une plus grande équité et d'une réduction drastique des erreurs arbitrales. Quand cette promesse n'est pas tenue, et pire, quand le système semble générer de nouvelles frustrations et controverses, la déception se mue en colère et en sentiment d'escroquerie.
Le terme de « honte pour le football belge » utilisé par Cetinkaya est particulièrement fort. Il ne vise pas seulement l'arbitrage du jour, mais une problématique plus large qui, selon lui, entache l'image et l'intégrité du championnat dans son ensemble. C'est une accusation grave qui met en lumière les doutes persistants sur la compétence, la cohérence et l'application des règles de la part des officiels du VAR.
La VAR : Un Mal Nécessaire ou une Source de Frustration Continue ?
L'incident de Westerlo est loin d'être un cas isolé dans le paysage footballistique belge. Depuis son introduction, le VAR a été au centre d'innombrables débats. Si ses partisans louent sa capacité à corriger des erreurs manifestes et à garantir une meilleure justice sportive, ses détracteurs pointent du doigt son application inégale, la longueur des arrêts de jeu, la perte de spontanéité des célébrations et, surtout, l'incapacité à éradiquer totalement la controverse – se contentant souvent de la déplacer. Le problème n'est plus l'erreur humaine sur le terrain, mais l'erreur d'interprétation ou d'application de la règle par les arbitres du VAR, derrière leurs écrans.
Les Points de Friction Récurrents avec le VAR :
- Cohérence des Décisions : Les clubs et les supporters dénoncent régulièrement le manque d'uniformité dans l'application des critères d'intervention du VAR, notamment sur les fautes et les hors-jeu marginaux.
- Temps de Décision : Les longues interruptions du jeu nuisent au rythme du match et à l'expérience des spectateurs, tant au stade qu'à la télévision.
- Transparence : Le manque de communication directe entre l'arbitre de champ et le public, ainsi que l'absence de diffusion des conversations entre l'arbitre principal et le VAR, alimentent la méfiance et la spéculation.
- L'Esprit du Jeu : Pour certains, le VAR déshumanise le football, transformant chaque but en une attente anxieuse d'une validation technologique plutôt qu'une célébration pure et simple.
Le cas de Westerlo met en exergue l'un des aspects les plus frustrants pour les clubs : la sensation d'être impuissant face à une décision technologique, prise à distance, sans que les explications ne soient jugées suffisantes ou convaincantes. Pour une équipe qui se bat pour des points cruciaux, chaque décision est vitale. Un but annulé peut changer le cours d'un match, influencer une saison entière, voire avoir des répercussions financières importantes.
Quelles Perspectives pour le Football Belge et le VAR ?
La sortie de Hasan Cetinkaya et l'indignation de Westerlo ne sont pas seulement des cris de colère passagers. Elles appellent à une réflexion plus profonde et à des actions concrètes. La Pro League et le Département Arbitrage de l'Union Belge de Football sont face à un défi majeur : restaurer la confiance des clubs et des supporters dans un système dont la légitimité est de plus en plus contestée.
Des pistes de solutions pourraient inclure une meilleure formation des arbitres VAR, une clarification des protocoles d'intervention, une plus grande transparence dans le processus de décision (par exemple, en diffusant les enregistrements audio des conversations VAR, comme cela est testé dans d'autres ligues ou compétitions), ou encore l'établissement d'un dialogue plus régulier et constructif entre les instances dirigeantes, les clubs et les officiels. L'objectif doit rester le même : utiliser la technologie pour améliorer le jeu, et non pour le ternir.
L'épisode Westerlo restera sans doute gravé comme un point d'inflexion dans le débat sur le VAR en Belgique. Il est un rappel brutal que même la technologie la plus avancée ne peut remplacer la perception humaine de la justice et de l'équité, et que son acceptation dépendra toujours de sa capacité à convaincre et à rassurer l'ensemble des acteurs du football. Pour l'heure, la « honte » brandie par Westerlo résonne comme un cri d'alarme pour l'avenir du sport le plus populaire au monde.