Le compte à rebours est lancé. Alors que la FIFA a dévoilé cette semaine les premières informations cruciales concernant le format et la composition des chapeaux de la Coupe du monde 2026, les sélections qualifiées pour ce Mondial nord-américain – le plus vaste de l'histoire – commencent déjà à se projeter sur la compétition. Et comme à chaque édition, tous les regards se tournent vers le Brésil, la nation quintuple championne du monde, dont le nom rime inévitablement avec l'excellence footballistique. Sans surprise, la Seleção sera une fois de plus au centre de toutes les attentions.
Pourtant, derrière cette aura légendaire, plane une inquiétude grandissante. Après une série de performances mitigées et une instabilité chronique, la question n'est plus de savoir si le Brésil est favori, mais s'il est réellement préparé à affronter les rigueurs d'un tournoi planétaire. Pour EuroMK News, nous plongeons dans les défis qui attendent le géant sud-américain, explorant les raisons pour lesquelles une élimination précoce, autrefois impensable, est désormais une hypothèse à envisager sérieusement.
Le Poids de l'Histoire et la Réalité Actuelle
Le Brésil est le seul pays à avoir participé à toutes les Coupes du monde, avec un record inégalé de cinq titres. Cette histoire glorieuse, cependant, est aussi un fardeau. La dernière victoire remonte à 2002, et depuis, la Seleção a souvent trébuché aux portes de la gloire, échouant systématiquement à atteindre la finale depuis 2002, se heurtant le plus souvent en quarts de finale. Chaque échec ravive le débat national et la pression sur les épaules des joueurs est immense.
Une Campagne de Qualifications Tumultueuse
La route vers 2026 n'a pas été un long fleuve tranquille pour le Brésil. Dans la zone CONMEBOL, réputée pour sa compétitivité féroce, la Seleção a connu une période particulièrement délicate. Après un début de campagne prometteur, l'équipe a enchaîné une série de performances décevantes, y compris des défaites inédites et des matchs nuls frustrants face à des adversaires traditionnellement considérés comme inférieurs. L'équilibre entre défense et attaque a souvent été rompu, et la dépendance envers certaines individualités a masqué des lacunes collectives profondes.
Ces contre-performances ont mis en lumière une vérité difficile : le Brésil ne domine plus son continent comme par le passé. Des nations comme l'Argentine, championne du monde en titre, ou l'Uruguay, en pleine renaissance, ont montré une supériorité tactique et une cohésion d'équipe que le Brésil peine à retrouver. Cette phase de qualifications, loin d'être un simple échauffement, a exposé les vulnérabilités de l'équipe.
L'Énigme du Banc de Touche et l'Instabilité Tactique
L'une des principales sources d'inquiétude réside dans l'instabilité du poste de sélectionneur. Depuis le départ de Tite après le Mondial 2022, la Fédération brésilienne de football a peiné à trouver un successeur stable et une vision claire à long terme. Les intérims se sont succédé, chacun apportant ses propres idées tactiques, mais sans jamais réussir à installer une philosophie de jeu cohérente et durable. Cette valse des entraîneurs a empêché l'émergence d'une véritable identité de jeu et a fragmenté la confiance au sein de l'effectif.
« Le Brésil a toujours eu cette capacité à produire des talents incroyables, mais la magie ne suffit plus. Le football moderne exige une structure tactique irréprochable et une constance dans la direction technique », analyse Carlos Alberto Pereira, ancien international brésilien et consultant pour EuroMK News. « Sans cette stabilité, même les meilleurs joueurs du monde peinent à performer collectivement. »
Une Génération Talentueuse mais Fragilisée ?
Sur le papier, le Brésil regorge toujours de talents. Des pépites comme Vinicius Júnior et Rodrygo brillent en Europe, et l'émergence de jeunes prodiges comme Endrick suscite l'espoir. Cependant, l'effectif n'est pas sans faiblesses.
- La question Neymar : L'icône de la décennie passée, Neymar, aura 34 ans en 2026. Ses blessures récurrentes et son âge avancé posent la question de sa capacité à être le leader technique et émotionnel incontesté, rôle qu'il a assumé avec un succès mitigé lors des précédentes éditions. Sa dépendance à son égard s'est avérée être à double tranchant par le passé.
- Un milieu de terrain en quête d'équilibre : Si le Brésil a toujours eu des attaquants de classe mondiale, le milieu de terrain et la défense ont parfois montré des signes de faiblesse. Le vieillissement de joueurs clés comme Casemiro et le manque de véritables successeurs à leur apogée peuvent fragiliser l'assise défensive et la capacité de récupération de l'équipe.
- La pression des attentes : Les jeunes stars, si talentueuses soient-elles, n'ont pas encore prouvé qu'elles pouvaient porter le poids d'un pays entier lors d'un Mondial. La pression médiatique et populaire est d'une toute autre envergure que celle d'un club.
Les Défis Inédits du Nouveau Format Mondial
Le Mondial 2026, co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, sera une première à bien des égards :
- 48 équipes et 104 matchs : L'expansion à 48 équipes modifie radicalement la dynamique du tournoi. Douze groupes de quatre équipes, avec les deux premiers et les huit meilleurs troisièmes qualifiés pour les seizièmes de finale, pourraient paradoxalement rendre la phase de groupes plus piégeuse. Bien que cela puisse sembler plus facile pour les favoris de passer les poules, cela signifie aussi potentiellement affronter des équipes moins cotées mais très organisées, qui n'auront rien à perdre.
- Logistique et décalage horaire : Les distances colossales entre les villes hôtes, les changements de fuseau horaire et les variations climatiques (de la chaleur du Mexique aux températures plus fraîches du Canada) représenteront un défi logistique et physique considérable pour toutes les équipes, y compris le Brésil habitué aux climats chauds.
Un tirage au sort défavorable dans un groupe avec une équipe surprise et bien préparée, ou une série de performances en dessous des attentes, pourrait placer le Brésil dans une position précaire dès le début. La marge d'erreur sera mince, et la réputation ne suffira plus à gagner des matchs.
Peut-on Vraiment Envisager une Disqualification Précoce ?
L'idée d'un Brésil éliminé dès la phase de groupes ou les premiers tours éliminatoires semble encore hérétique pour beaucoup. L'équipe a une capacité intrinsèque à se transcender lors des grands rendez-vous, portée par le génie de ses individualités et l'élan de tout un peuple. Cependant, les signaux d'alerte sont réels :
- Manque de cohésion : L'absence d'une identité de jeu forte et d'une cohésion d'équipe éprouvée.
- Pression psychologique : Le poids de l'attente du sixième titre, combiné aux récents échecs, pourrait paralyser les joueurs.
- Adversaires aguerris : Le niveau général du football mondial s'est resserré, et de nombreuses nations sont désormais capables de créer la surprise.
- Facteurs imprévus : Blessures de joueurs clés, décisions arbitrales controversées, ou simples coups du sort peuvent sceller le destin d'une équipe.
Pour le Brésil, le Mondial 2026 ne sera pas qu'une simple compétition footballistique. Ce sera un test décisif de sa résilience, de sa capacité à se réinventer et à surmonter une période de doutes profonds. La légende brésilienne est éternelle, mais son chemin vers la gloire en 2026 est semé d'embûches plus grandes que jamais. L'hypothèse d'une sortie de route prématurée n'est plus un simple fantasme, mais une réalité potentielle que la Seleção devra à tout prix déjouer pour ne pas décevoir des millions de fans et préserver son statut de géant du football mondial.