lundi 1 décembre 2025
Le Vatican tourne une page millénaire : Le latin n'est plus la seule langue officielle pour les actes de la Curie
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Le Vatican tourne une page millénaire : Le latin n'est plus la seule langue officielle pour les actes de la Curie

Une tradition séculaire s'estompe au sein de la Cité du Vatican. Par une modification de l'article 50 du règlement général de la Curie, le latin n'est plus l'unique langue autorisée pour la rédaction des actes officiels. Cette réforme pragmatique et symbolique marque une étape majeure vers une administration plus moderne et accessible de l'Église universelle.

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CITÉ DU VATICAN – Le Saint-Siège, gardien de traditions millénaires, vient de franchir une étape significative, à la fois pragmatique et symbolique, dans la modernisation de son administration. Le latin, langue vénérable et pilier de l'identité institutionnelle de l'Église catholique romaine, ne détient plus le monopole de la rédaction des actes officiels au sein de la Curie romaine. Une révision discrète mais lourde de sens de l'article 50 du règlement général de la Curie ouvre désormais la porte à l'utilisation d'autres langues, signalant une adaptation aux réalités d'une Église globale au XXIe siècle.

Une réforme silencieuse mais retentissante

La nouvelle, relayée notamment par la RTBF, indique que l'article 50 du règlement général de la Curie a été modifié pour permettre une plus grande flexibilité linguistique. Jusqu'à présent, la norme tacite et souvent explicite voulait que tous les documents officiels émanant des dicastères et autres organismes de la Curie romaine soient rédigés en latin. Cette pratique, profondément ancrée, assurait une uniformité et une pérennité des textes au fil des siècles.

Le nouveau libellé est clair et ouvre une brèche historique. On peut désormais y lire : "Les autorités de la Curie devront, en règle générale, écrire leurs actes en latin ou dans une autre langue." Cette phrase, en apparence anodine, représente un véritable séisme pour les puristes et un soulagement pour les fonctionnaires ecclésiastiques confrontés quotidiennement aux défis de la rédaction et de l'interprétation de textes complexes dans une langue que de moins en moins maîtrisent parfaitement.

Ce changement ne signifie pas l'abandon pur et simple du latin, mais plutôt son déclassement de statut exclusif à celui d'option privilégiée parmi d'autres. C'est une reconnaissance formelle de la pluralité linguistique déjà présente et nécessaire dans les rouages quotidiens du gouvernement de l'Église.

Le latin : un héritage millénaire et ses défis contemporains

Depuis des siècles, le latin a été la lingua franca du monde occidental et, par extension, de l'Église catholique. Son adoption en tant que langue officielle du Saint-Siège n'était pas un hasard. Elle symbolisait l'universalité de l'Église, transcendant les frontières nationales et les variations dialectales. Le latin offrait une précision théologique et canonique inégalée, évitant les ambiguïtés et assurant une continuité doctrinale au fil des âges. Des bulles pontificales aux décrets conciliaires, des encycliques aux actes administratifs les plus routiniers, le latin a été le véhicule de la pensée et de l'autorité ecclésiastiques.

Cependant, la modernité a progressivement érodé cette prééminence. Alors qu'autrefois l'éducation classique assurait une certaine maîtrise du latin parmi les élites et le clergé, cette compétence est devenue plus rare. Aujourd'hui, la formation des séminaristes et des prêtres inclut certes des cours de latin, mais le niveau de fluidité nécessaire à la rédaction de documents juridiques ou théologiques complexes n'est plus aussi répandu qu'auparavant.

Cette réalité crée des goulots d'étranglement administratifs. La rédaction, la traduction et la validation d'actes en latin nécessitent des experts rares, entraînant des délais et parfois des malentendus. Pour une institution qui gère les affaires de plus d'un milliard de fidèles à travers le monde, la rapidité et la clarté de la communication sont primordiales.

Les moteurs d'une décision pragmatique et pastorale

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette évolution. Le premier est sans doute la praticité. Dans un monde globalisé et interconnecté, l'usage d'une langue comprise par le plus grand nombre de collaborateurs et d'interlocuteurs s'avère indispensable. Le personnel de la Curie est international, et l'italien est certes la langue de travail quotidienne, mais l'anglais, l'espagnol, le français et l'allemand sont également couramment utilisés.

Ensuite, il y a la vision du pontificat du Pape François. Depuis son élection, le Pape a constamment insisté sur la nécessité pour l'Église de sortir d'elle-même, d'être plus proche des périphéries et plus accessible. Ses réformes visent à rendre la Curie plus efficace, plus missionnaire et moins bureaucratique. Cette modification linguistique s'inscrit parfaitement dans cette démarche de simplification et d'ouverture. Elle reflète un désir de désacraliser certaines pratiques administratives pour mieux servir la mission pastorale de l'Église.

L'Église est par nature universelle, et si le latin a longtemps été un symbole de cette universalité, la réalité d'une Église présente sur tous les continents, avec une diversité culturelle et linguistique sans précédent, appelle à des outils de communication plus adaptés. Permettre la rédaction d'actes dans d'autres langues, c'est aussi reconnaître et valoriser cette diversité.

Enfin, la diminution de la maîtrise du latin est une réalité incontournable. Bien que des initiatives comme la Fondation Latinitas ou des cours universitaires continuent de promouvoir le latin, sa pratique courante dans l'administration n'est plus la norme pour la majorité des clercs et laïcs travaillant au Vatican. Formaliser l'usage d'autres langues, c'est s'adapter à cette réalité sans pour autant renier l'importance historique et culturelle du latin.

Quelles implications pour l'avenir ?

Cette réforme aura des conséquences concrètes sur le fonctionnement quotidien de la Curie. Elle devrait permettre :

  • Une accélération des procédures : La rédaction et la révision des documents pourraient être plus rapides sans la nécessité systématique de recourir à des latinistes.
  • Une meilleure compréhension : Les textes pourraient être plus facilement accessibles et compréhensibles par un public plus large au sein de l'Église, notamment les évêques et les conférences épiscopales du monde entier.
  • Une diversification linguistique de fait : Si l'italien est déjà la langue de travail, on peut s'attendre à voir plus d'actes officiels rédigés en anglais, en espagnol, ou même en français et en allemand, reflétant la composition du personnel de la Curie et les besoins des églises locales.

Il est crucial de souligner que cette décision ne marque en aucun cas la "mort" du latin au Vatican. Le latin conservera sa place prééminente dans la liturgie, la théologie, le droit canonique et, bien sûr, comme langue optionnelle pour les actes officiels. De nombreux documents importants, comme les encycliques papales, continueront probablement d'être publiés d'abord en latin, avant d'être traduits. Il s'agit d'une évolution, non d'une rupture radicale.

Le Saint-Siège, à l'instar d'autres organisations internationales comme les Nations Unies ou l'Union Européenne, doit jongler avec l'impératif d'une communication universelle et les défis du multilinguisme. Tandis que ces organisations optent pour plusieurs langues officielles à statut égal, le Vatican adopte une approche où le latin reste la référence historique et théologique, mais où la flexibilité est désormais la norme administrative.

Conclusion : Entre tradition et modernité

La modification de l'article 50 du règlement général de la Curie est plus qu'un simple ajustement administratif ; c'est un signal fort de l'Église catholique romaine. Sous l'impulsion du Pape François, le Vatican continue d'œuvrer pour concilier sa riche tradition avec les exigences d'un monde en mutation. En reconnaissant que le latin, bien qu'inestimable, ne peut plus être la seule voie pour la gouvernance de l'Église, le Saint-Siège démontre sa capacité à s'adapter, à être plus inclusif et plus efficace dans sa mission universelle. Cette décision marque une nouvelle étape dans le cheminement d'une Église éternelle, mais résolument contemporaine, ouverte aux besoins de son peuple et aux défis de son temps.

Photo by Mélodie Descoubes on Unsplash

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