dimanche 30 novembre 2025
Gaz : Le bouclier indispensable de la Belgique dans sa transition énergétique
Énergie

Gaz : Le bouclier indispensable de la Belgique dans sa transition énergétique

La Belgique s'engage dans une révolution énergétique ambitieuse, misant sur l'électrification et les énergies renouvelables. Pourtant, l'essor fulgurant des centres de données et le déploiement tardif des solutions de stockage mettent sous pression son réseau. Dans ce contexte tendu, le gaz naturel s'impose comme un bouclier indispensable pour garantir la stabilité de l'approvisionnement et éviter les coupures, assurant ainsi la sécurité énergétique du pays face aux défis de sa transition.

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EuroMK News
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La Belgique est à un carrefour énergétique crucial. Animée par des objectifs ambitieux de décarbonation et une volonté affirmée de s'inscrire dans une transition écologique, elle se tourne résolument vers l'électrification massive de son économie et le déploiement accéléré des énergies renouvelables. Industries, transports, chauffages résidentiels : l'électricité est appelée à devenir la colonne vertébrale de son avenir énergétique. Mais derrière cette vision progressiste se cache une réalité plus complexe, une dépendance persistante au gaz naturel, qui, loin d'être un reliquat du passé, s'affirme comme le "bouclier" indispensable pour la stabilité du réseau et la sécurité d'approvisionnement, surtout à l'approche des mois d'hiver.

L'Ambition de l'Électrification : Un Pari Gigantesque

Le plan énergétique belge est clair : réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Pour y parvenir, l'électrification est la pierre angulaire de la stratégie. Dans l'industrie, les chaudières à gaz sont progressivement remplacées par des pompes à chaleur électriques ou des procédés industriels bas carbone. Le secteur des transports connaît une révolution silencieuse avec la prolifération des véhicules électriques, tandis que les ménages sont encouragés à délaisser le mazout et le gaz pour des solutions de chauffage plus écologiques comme les pompes à chaleur.

Cette mutation profonde, bien que nécessaire, s'accompagne d'une explosion de la demande en électricité. Une demande exacerbée par un phénomène récent mais d'une ampleur considérable : l'implantation massive de centres de données (data centers). Ces infrastructures, véritables poumons de l'économie numérique, sont des gouffres énergétiques. Chaque clic, chaque streaming, chaque transaction en ligne se traduit par une consommation électrique phénoménale pour alimenter les serveurs et surtout les systèmes de refroidissement. Leur croissance exponentielle en Belgique, souvent présentée comme un atout économique, pose un défi sans précédent à l'équilibre du réseau national.

Les Renouvelables : Promesse d'Avenir, Défi du Présent

La Belgique a investi massivement dans les énergies renouvelables, notamment l'éolien offshore et le solaire photovoltaïque. Ces sources d'énergie propre sont au cœur de la stratégie de décarbonation et contribuent de plus en plus à la production électrique du pays. Cependant, leur nature intermittente représente un défi majeur. Le soleil ne brille pas toujours, le vent ne souffle pas en permanence. Or, l'électricité ne se stocke pas facilement à grande échelle et le réseau doit être constamment équilibré entre production et consommation.

Le développement de solutions de stockage d'électricité, comme les batteries de grande capacité ou la production d'hydrogène vert, est en cours mais progresse à un rythme jugé trop lent au regard des besoins croissants. Ces technologies, bien qu'prometteuses, ne sont pas encore suffisamment matures ou déployées pour compenser intégralement les fluctuations des énergies renouvelables. Cette lacune crée un vide que d'autres sources doivent combler pour assurer la continuité de l'approvisionnement.

Le Réseau Électrique Sous Pression : Le Spectre des Coupures

L'équation est simple mais redoutable : une demande électrique en forte hausse (électrification, data centers) combinée à une production renouvelable fluctuante et à des capacités de stockage insuffisantes, le tout sans un renforcement adéquat du réseau de distribution et de transport. Le résultat ? Une pression intenable sur l'infrastructure existante.

Selon les experts, dont la RTBF se fait l'écho, le réseau belge actuel n'est pas dimensionné pour absorber une telle surcharge. Sans des investissements massifs et rapides dans la modernisation et l'extension des lignes électriques, des transformateurs et des systèmes de gestion intelligents, le risque de déséquilibre devient une menace concrète. Des "coupures pourraient devenir réalité dans les années à venir", alerte-t-on. Un scénario qui mettrait à mal non seulement les ménages, mais aussi l'économie, les industries et les services essentiels.

Le Gaz Naturel : Le Dernier Bouclier Stratégique

C'est dans ce contexte tendu que le gaz naturel, souvent décrié pour son empreinte carbone, retrouve son rôle de stabilisateur indispensable. Les centrales électriques au gaz, notamment les centrales à cycle combiné gaz-vapeur (CCGT), possèdent des atouts précieux : elles sont dispatchables (on peut les démarrer et les arrêter à la demande), flexibles (elles peuvent ajuster rapidement leur production) et fiables.

Elles sont le "dernier bouclier pour tenir l’hiver". Lorsque le vent tombe, le soleil s'éclipse et que les températures chutent, entraînant une hausse de la demande de chauffage, ce sont les centrales au gaz qui prennent le relais pour éviter l'effondrement du réseau. Elles comblent le fossé entre la production intermittente des renouvelables et la consommation constante, voire pic, des consommateurs. Sans cette capacité de production pilotable et réactive, la sécurité d'approvisionnement de la Belgique serait gravement compromise.

De plus, le gaz conserve une place importante dans certains secteurs industriels où la chaleur de procédé est difficilement substituable par l'électricité, ou dans le chauffage de grands ensembles via des réseaux de chaleur. Bien que l'objectif soit de s'en affranchir à terme, la réalité technique et économique du moment impose sa présence.

Le Dilemme Économique et Environnemental

Cette dépendance au gaz n'est pas sans poser question, tant sur le plan environnemental qu'économique. Le gaz naturel reste une énergie fossile qui, bien que moins carbonée que le charbon ou le pétrole, émet du CO2 lors de sa combustion. Maintenir une part significative de gaz dans le mix énergétique belge ralentit l'atteinte des objectifs climatiques.

Sur le plan économique, la volatilité des prix du gaz, souvent liée aux tensions géopolitiques, représente un coût potentiellement élevé pour les consommateurs et les industries. La crise énergétique récente l'a démontré avec acuité. Diversifier les sources d'approvisionnement et réduire la dépendance à une seule ressource est une stratégie de bon sens. Cependant, le "prix" à payer pour une décarbonation trop rapide et sans filet de sécurité est encore plus lourd : instabilité du réseau, risques de blackouts, impact sur la compétitivité industrielle et le quotidien des citoyens.

La Belgique est donc confrontée à un véritable dilemme : comment concilier des ambitions climatiques fortes avec la nécessité impérieuse de garantir la sécurité énergétique de sa population et de son économie ? La réponse réside dans une transition progressive et réaliste, où le gaz agit comme un pont, une solution transitoire, essentielle jusqu'à ce que les énergies renouvelables, le stockage et les infrastructures de réseau soient pleinement opérationnels et capables de prendre le relai.

Conclusion : Une Transition sous Haute Surveillance

L'avenir énergétique de la Belgique est un équilibre délicat entre ambition et pragmatisme. L'électrification massive et l'intégration des énergies renouvelables sont des impératifs pour lutter contre le changement climatique. Néanmoins, l'explosion de la demande électrique, notamment due aux centres de données, la lenteur du déploiement du stockage et le besoin criant de renforcer le réseau électrique national, confèrent au gaz naturel un rôle transitoire mais vital.

Le gaz est aujourd'hui le "dernier bouclier" de la Belgique pour traverser les hivers et assurer la stabilité de son approvisionnement électrique. S'en passer prématurément, sans alternatives suffisamment robustes et matures, reviendrait à prendre un risque inacceptable de coupures et d'instabilité. La véritable tâche de la Belgique est d'accélérer le renforcement de son réseau, de stimuler la recherche et le déploiement de solutions de stockage innovantes, et d'investir massivement dans des sources d'énergie pilotables et décarbonées (comme l'hydrogène vert à terme) pour pouvoir, un jour, se libérer définitivement de la nécessité du gaz. En attendant, ce dernier reste le garant de sa sécurité énergétique dans cette période de mutation profonde.

Photo by Illia Kholin on Unsplash

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