Le "Chanteur" des Forbans s'éteint, un pan des années 80 disparaît
Le rythme s'est arrêté pour Albert Kassabi, l'inoubliable Bébert des Forbans. Le leader charismatique du groupe mythique des années 80 s'est éteint ce mardi 25 novembre, à l'âge de 63 ans, des suites d'une longue maladie. L'annonce, faite à l'Agence France-Presse par Michel Papain, cofondateur et batteur du groupe, a plongé le monde de la musique française dans une profonde tristesse, ravivant la nostalgie d'une époque insouciante et festive.
Bébert, de son vrai nom Albert Kassabi, avait incarné avec ses Forbans l'esprit léger et entraînant des années disco et post-disco. Avec son énergie débordante et sa voix reconnaissable entre toutes, il avait su faire danser des générations entières. Sa disparition marque la fin d'une ère pour beaucoup, mais aussi l'occasion de se remémorer l'impact indélébile de sa musique et, plus discrètement, la valeur économique pérenne d'un répertoire qui continue de vivre à travers les ondes et les plateformes numériques.
Les Forbans : Une ascension fulgurante et un phénomène générationnel
Des bals populaires aux sommets des hit-parades
L'aventure des Forbans débute dans la pure tradition des groupes de copains, animés par la passion de la musique et l'envie de faire la fête. Fondé en 1978, le groupe se distingue rapidement par son style rock'n'roll teinté de disco, une formule gagnante qui explose au début des années 80. Leur premier grand succès, "Chante, danse et mets tes baskets", sorti en 1980, est un véritable raz-de-marée. Le titre devient un hymne pour toute une génération, un appel irrésistible à la danse et à la légèreté. Il s'impose comme un tube intergénérationnel, omniprésent dans les boums, les mariages et les soirées dansantes.
Ce succès fulgurant n'est pas un coup de chance. Les Forbans cultivent une image de bande de potes décontractés, à l'énergie contagieuse. Leurs clips, colorés et joyeux, contribuent à forger une identité forte. Bébert, avec son sourire communicatif et sa présence scénique indéniable, est l'âme du groupe. Il incarne cette joie de vivre et cette insouciance qui caractérisent l'époque. Leurs chansons sont des refrains simples, efficaces, qui se retiennent instantanément et donnent envie de bouger. C'est cette formule qui leur permettra de traverser les décennies, bien au-delà de leur période de gloire la plus intense.
Un répertoire qui défie le temps
Après le succès phénoménal de "Chante, danse et mets tes baskets", Les Forbans enchaînent les tubes : "Tape des mains", "Flip Flap", "La Bamba" (une reprise énergique), ou encore "Cadillac". Leur discographie est parsemée de titres qui, même s'ils n'ont pas tous atteint le même niveau de popularité que leur premier succès, ont contribué à cimenter leur place dans le paysage musical français. Ils deviennent des habitués des émissions télévisées populaires et des scènes de l'Hexagone, cultivant une proximité avec leur public.
Ce qui rend Les Forbans si particuliers, c'est leur capacité à proposer une musique fédératrice, sans prétention mais d'une efficacité redoutable. Leurs chansons ne se contentent pas de rappeler une époque ; elles la recréent à chaque écoute. Elles sont devenues des classiques intemporels des soirées festives, des clins d'œil joyeux à une période où la musique avait avant tout pour vocation de divertir et de rassembler. C'est cette dimension patrimoniale qui, en coulisses, se traduit par un flux constant de revenus pour les ayant-droits.
L'énigme de la "somme colossale" : La persistance des droits d'auteur
Le modèle économique d'un catalogue musical pérenne
L'information selon laquelle Albert Kassabi continuait de percevoir une "somme colossale" grâce à ses chansons n'est pas seulement un détail piquant ; elle révèle une facette essentielle et souvent méconnue de l'industrie musicale : la valeur économique à long terme des droits d'auteur et des droits voisins. Contrairement aux apparences, les tubes d'hier ne sont pas de simples reliques ; ils sont des actifs qui génèrent des revenus continus, des décennies après leur création.
En France, plusieurs organismes veillent à la perception et à la répartition de ces revenus. La SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) est la principale entité pour les droits d'auteur. Elle collecte les redevances chaque fois qu'une œuvre est diffusée (radio, télévision, concerts, lieux publics comme les bars et restaurants, streaming, synchronisations dans des films ou publicités). Les artistes-interprètes comme Bébert bénéficient également de droits voisins, gérés notamment par la SPEDIDAM (Société de perception et de diffusion des droits des artistes-interprètes) et la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques) pour les producteurs.
Comment un tube des années 80 continue-t-il de rapporter gros ?
- Radios et Télévisions : Les "oldies but goodies" sont un pilier des programmations radio et télévisées, notamment les chaînes thématiques. Chaque diffusion génère une redevance.
- Streaming Audio et Vidéo : Spotify, Deezer, Apple Music, YouTube... les plateformes numériques ont redonné une seconde jeunesse à de nombreux catalogues. Chaque écoute, même minime, participe à un agrégat de revenus considérable.
- Utilisation en Public : Les fêtes, mariages, bals, boîtes de nuit, mais aussi les commerces qui diffusent de la musique, paient tous des droits. Des titres comme "Chante, danse et mets tes baskets" sont des incontournables de ces événements.
- Synchronisation : L'utilisation d'une chanson dans un film, une série, une publicité ou un jeu vidéo peut générer des revenus substantiels, parfois en un seul paiement très important.
- Ventes Physiques et Numériques : Bien que moins importantes qu'à l'apogée des Forbans, les rééditions, les compilations et les téléchargements numériques continuent d'exister.
Pour un catalogue comme celui des Forbans, qui compte plusieurs tubes largement reconnus et diffusés, ces flux de revenus, bien que moins médiatisés que les gros cachets de concerts, s'additionnent pour former une source de revenus étonnamment stable et significative. Les experts de l'industrie estiment que pour des artistes ayant un ou plusieurs hits emblématiques et un large catalogue, les revenus annuels issus des droits peuvent se chiffrer en plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d'euros pour les catalogues les plus performants. Sans pouvoir dévoiler la somme exacte perçue par Albert Kassabi, il est de notoriété publique que le succès durable de "Chante, danse et mets tes baskets" et des autres titres du groupe garantissait à ses créateurs un confort financier loin d'être anecdotique, et ce, jusqu'à la fin de leurs jours et au-delà, pour leurs héritiers. C'est l'essence même de la propriété intellectuelle dans le domaine artistique.
L'héritage de Bébert : Un sourire et une énergie contagieuse
La disparition d'Albert Kassabi laisse un vide dans le cœur des fans et de ses proches. Les hommages se multiplient, saluant non seulement le musicien mais aussi l'homme, connu pour sa gentillesse et son professionnalisme. Michel Papain, son ami et collaborateur de longue date, a exprimé la tristesse de tout le groupe et de la famille musicale qu'ils formaient. Nombreux sont les artistes et personnalités du monde du spectacle à rappeler la bonne humeur et l'authenticité de Bébert, qui avait su rester fidèle à lui-même et à l'esprit festif des Forbans.
Son énergie scénique, sa capacité à embraser un public et à transformer n'importe quelle salle en piste de danse resteront gravées dans les mémoires. Bébert était plus qu'un chanteur ; il était un entertainer né, un catalyseur de joie. Son départ marque la fin d'une époque, mais sa musique, empreinte de cette légèreté si caractéristique, continuera d'animer les fêtes et de réchauffer les cœurs. L'héritage musical d'Albert Kassabi, soutenu par la mécanique implacable des droits d'auteur, continuera de faire vivre sa mémoire et son œuvre, assurant à ses proches une part de cette "somme colossale" qu'il avait si brillamment contribué à créer.